Aimer, boire et chanter



Pour en finir avec le cinéma
L'histoire Vaudeville autour de George Riley, un metteur en scène sans cesse hors champ, que la disparition annoncée va chambouler 
trois couples d'acteurs. 
Le genre mise en abîme au propre comme au figuré.
Les plaisirs du film La disparition récente du réalisateur de On connaît la chanson avait de quoi émouvoir. Découvrir ce qui restera son dernier film le sera beaucoup moins, tant l'histoire en elle-même ressemble à un long périple du bout de l'ennui et de la frustration. Suite de "Et vous n'avez encore rien vu", qui déjà traitait de la déconstruction du cinéma dans un registre funeste, l'impression d'exclusion du spectateur domine : habillage graphique hideux, sur-jeu ou sous emploi constant des acteurs qui cherchent vainement a déclencher des rires dans une intrigue vaudevillesque sans intérêt, personnage principal hors champ, transitions ratées et répétitives, musique au kilomètre, extérieurs en carton systématiques... En bref, un rendez-vous où vous restez sur le seuil, car le sujet du film reste le formel avant tout. La patte de Blutch, auteur de BD, est présente à chaque plan, tout comme l'était celle de Flo'ch sur No smocking : affiches, dessins, mais aussi décors (traits de pinceaux lisibles sur les rideaux de décor) et photo inspirés. La distance est renforcée par les choix de cadrage, les arrières plans étant crayonnés (certains y ont vu un grillage :D) par Blutch lui même. Une fausse taupe (hommage à Gotlieb et sa fameuse coccinelle ?) sort de son trou pour assister au spectacle pathétique avant de replonger sous terre. Cette métaphore crépusculaire du cinéaste semble nous être adressé : le spectateur aveugle sort du noir (les salles obscures?) observer un monde de lumières fait de toc avant de replonger dans le néant. Ce plan ne peut être anodin : il s'agit du dernier plan tourné par cet immense réalisateur. George Riley est une incarnation Abitbolienne du cinéma et du succès. L'énigmatique fantôme charme trois femmes se disputant ses bonnes grâces, alors que mariées à des hommes niais ou dépassés. Ce pitch éculé du cinéma de papa -il faut coucher pour s'attirer les grâces du metteur en scène- déroule ses dialogues adaptés en faux jeune, sur le registre de la manipulation de dupes. Un avertissement adressé aux acteurs sans doute, omnibulés par le succès et leur gloire passée, un monde fabriqué par des techniciens qu'on ne mettra jamais en lumière (le metteur en scène reste invisible). Y aller ? Oui, mais pour lire entre les lignes d'un dispositif résumant le style de Resnais au travers de liens indéfectibles entre le théâtre, le cinéma et la BD.


NC

Grand Budapest Hotel



Air de Panache


L'histoire

Les péripéties picaresques de Zero, groom du Grand Budapest Hotel.


Les plaisirs du film

Le plaisir cinématographique, avec les références (comme Dafoe/Nosferatu), les techniques (animations), les genres (du burlesque à l'absurde), l'art de la caméra réduit au minimum, les cadres, les comédiens, tous dans une part d'eux-mêmes nouvelle à l'écran.

Le délire dans la maîtrise. Oui, les cadres sont parfaits, les symétries maniaques, l'inventivité méticuleuse. Mais à l'intérieur de ces contraintes strictes, tout est permis. Le plus rocambolesque, le plus grotesque, le plus farcesque. Tant dans le scénario que dans le stylisme, en passant par la galerie de portraits. Un carnaval dans une avenue haussmanienne.

La vision littéraire de la vie. C'est-à-dire fondée sur l'essentiel, sur l'insouciance, sur le détachement esthétique, sur le jeu et la gravité.

Le drôle de double sentiment simultané éprouvé devant ce film trépidant & nostalgique.

L'envie irrésistible de croquer dans une pâtisserie Mendl's.

Y aller ? Oui.

Non-stop



Film catastrophe

L'histoire

Un flic au passé douloureux mène une enquête en plein vol

Les plaisirs du film 

Imaginer les scénaristes aux prises avec le problème du renouvellement du genre film d'avion catastrophe. A tous les clichés (flic alcoolique, dès ce premier plan grotesque de la flasque, fausses pistes hyper téléphonées, happy end) ils ajoutent le petit dernier : le mobile qui filme et qui envoie des sms. Wow.

Retrouver dans ce navet certains comédiens de séries sublimes : Dowton Abbey, House of Cards, Boardwalk Empire, ce qui souligne cruellement la qualité de certaines productions tv bien supérieures aux longs-métrages ciné.

Y aller ? Non.

Captain America The winter soldier



Le Genre
Marvelerie Le pitch
Cap vs shield Les plaisirs du film

la renaissance du Captain America par Marvel Comics dans les annees 60, d'abord un héros de propagande us pour s'engager sur le front européen face a Hitler crée par Jack Kirby et Joe Simon en 1941, correspond aux années de doute envers l'etablishement U.S après les meurtres des Kennedy et surtout le watergate et le scandale Nixon. Les Avengers degelent Steve Rogers, porte drapeau d'une Amerique de valeurs patriotiques, qui va rapidement leur donner la cohesion en tant que leader. Cet entrelacement historique renvoit à la filmographie de Robert Redford, avec Les hommes du président, traitant précisement du Watergate, premier grand succes de cet immense acteur, au générique du Winter Soldier. Chez Marvel, tous les personnages sont nevrosés et evoluent dans un contexte social et politique proche du notre. C'est le cas du Cap, en pleine depression anemique, en rupture d'une societé qu'il ne reconnait plus et qu'il a bien du mal a comprendre, porte drapeau d'une Amérique vertueuse et idéalisée qui n'a jamais existé. Sous l'impulsion d'une ecriture plus democrate que republicaine, l'aspect social des personnages chez Marvel prime. Le Cap va ainsi renoncer plusieurs fois a son identité de super soldat au gree des evenements pro us jusqu'a devenir apatride lors de la guerre du viet nam, ou mourir lors du patriot act, demandé par G.Bush, ce qui vaudra au titre un Eisner, sorte d'Oscar pour le comic book.
Le scénariste du comics consultant sur cette adaptation Ed Brubacker a bien saisi que Redford n'a eu de cesse de questionner l'Amerique et son sens du patriotisme dans toute sa filmographie, en denonçant les faux semblants dans Les hommes du president, Spy game, Votez MCkay etc. Les clins d'œil appuyés des réalisateurs à la filmographie de Redford est plaisante, tout comme aux récentes affaires de la nsa avec ce plan délicieux des ordinateurs 1960, tirés tout droit des 3 jours du condor. Lors d'interviews, on comprend l'ambition de Redford de s'inscrire dans un registre de cine populaire pour avancer son regard sur l'Amérique et ses faux semblants. The Winter soldier lui permet d'expérimenter un type de cinéma qu'il n'a jamais cotoyé, de toucher un public plus jeune, de rebondir une derniere fois sur ses thèmes de prédilection sur la politique de son pays. Le scénario prévisible joue les clins d'oeil en permanence tout en servant son cahier des charges d'action spectaculaire. Reste Chris Evans, dont le charisme ne depasse pas celui d'une huitre...

Y aller ? Oui, pour apprecier le generique hommage a Jim Steranko à la fin du film... Patience

NC

Monuments men



Le genre
Cloonerie Le pitch
Le 11 de l'art. Les plaisirs du film Monuments Men veut s'inscrire dans la lignée des films de guerre des 60's, générique de fin avec images arrêtées à l'appui, casting haut de gamme et reconstitutions d'une Europe saccagée par la seconde guerre mondiale. On regarde au final un film brouillon, pas à la hauteur de son sujet, malgré les sympathiques acteurs qui tentent de jouer le jeu. La relecture de l'histoire par George Clooney, emprunt de patriotisme bienfaisant est pour le moins gênante, les oeuvres d’art étant considérées comme des actifs comme les autres pour les américains également. Il est ainsi bien connu que les Américains ont fait traverser l’Atlantique à de nombreuses oeuvres après la fin de la guerre et entravent encore leur restitution. 
L'hommage hollywoodien à Rose Valland. Homosexuelle, cette attachée de conservation au Musée du Jeu de Paume à Paris archivait le butin du pillage artistique des Allemands. Valland était un peu l’oeil le plus privilégié sur ce que faisaient les nazis avec les oeuvres d’art volées. Elle a tenu des carnets qui ont servi au Comité de Restitution Artistique (CRA), qui a participé au retour auprès de leurs propriétaires de nombreuses oeuvres. Le seul trait de véracité dans une romance inutile et creuse. Ajoutez à toutes ces invraissemblances un manque de rythme, aucun parti-pris de mise en scène, et des séquences soit inutiles soit molles et franchement niaises, et vous obtenez un film médiocre qu'il est sympathique de déconseiller... Y aller ? Préférez un bon café en terrasse.

NC