Sœur sourire

Sœur chagrin

L'histoire

Une jeune femme, religieuse, explose les Beatles dans les classements de disques.

Les plaisirs du film

Le destin OVNI de cette jeune femme. Certains films, comme celui-ci, prennent à bras le corps des destins réels et sidérants. Qui aurait imaginé un personnage de fiction bonne sœur, auteur d'un tube planétaire "Dominique-nique-nique", lesbienne, alcoolique et shootée aux antidépresseurs ? Savoir qu'il s'agit d'une "vraie" vie donne au film une saveur particulière, à la limite de l'incrédulité par moments.

Le portrait de jeune femme, touchant parce que marqué par deux malédictions. Le manque d'amour et d'affection : n'en ayant pas reçu, elle ne peut en donner. Et le "déboussolage" : passant d'une vocation à l'autre, passant sa vie à quitter, elle n'existe que furtivement grâce à son tube.

Le thème de la notoriété : quel rapport entre l'énormité du succès de Sœur Sourire et son talent ? Le film montre bien l'ambiguïté de cet engagement religieux, incompatible avec une personnalité apparemment assez faible, velléitaire, mais surtout voulant à tout prix être aimée par quelqu'un. Et plutôt par des millions de fans que par Dieu.

Cécile de France, dont la légère masculinité et la candeur quasi puérile donnent au personnage une force, une volonté farouche assez touchante.


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OSS 117, Rio ne répond plus

Franchouille connection

L'histoire

L'agent OSS117 va à Rio, à la recherche de micro-films

Les plaisirs du film

L'expressivité de Jean Dujardin. Son visage d'une plasticité exceptionnelle est un régal à regarder, dans n'importe quel plan. Bien au-delà d'une palette d'expressions caricaturales, il joue en finesse un fier-à-bras bêta. Il joue avec intelligence un crétin.

La french touch. Le plaisir chauvin de retrouver les pires travers français, moqués mais aussi assumés comme tels, comme marque de fabrique. A cet égard, le dialogue du début, truffé de noms de familles tous plus franchouillards les uns que les autres, est un régal. L'arrogance, bien sûr, la supériorité affirmée au point de ne rien comprendre aux enjeux du monde, l'entêtement seul contre tous. Et finalement l'attachement qui en résulte.

Les clins d'œil. OSS117 est fait d'une pâte dense, pétrie de références : 007 grande époque, bien sûr, mais aussi Vertigo, La mort aux trousses ou encore Marathon man. Citations discrètes, elles ne ralentissent jamais l'avancée de l'histoire et ne vous poussent pas du coude pour dire "t"as vu c'est moi que v'là". Des références discrètes, pour qui les connaît. Les meilleures.

L'humour très particulier. Quelque part entre l'absurdité des Y-a-t-il un pilote dans l'avion, l'humour à froid des Monty Python, le rythme des meilleurs Gérard Oury, le comique parodique à la Gotlib... En tout cas, un ton très post-moderne, constitué de divers registres, tissé de plusieurs époques, jouant autant sur les dialogues que les situations.

Le stylisme, tout en retenue pour cette époque (les 60's) et ce lieu (Rio). Pas de clichés, pas de facilités. L'inverse de navets comme Austin Powers, cette nullité crétine et infantile. OSS117, malgré quelques scènes un peu longuettes et quelques facilités, s'inscrit dans le meilleur du cinéma parodique. Normal, c'est un film français.


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In the electric mist

Le silence des bayous

L'histoire

Un shérif poursuit un tueur et les fantômes de la Louisiane

Les plaisirs du film

Tommy Lee Jones. Dans le même rôle que No country for old men : un shérif désabusé, mais sans le second degré. Ici, plus dur, plus troublé, plus dans l'action.

La nervosité de la caméra. Un montage très nerveux. On entre dans chaque scène quasiment au milieu de l'action. Aucune longueur, pas de graisse, que du muscle. Les accès de violence, filmés en plans-séquences, impressionnent bien plus que s'ils étaient morcelés, montés en cut. Tavernier capte les explosions de TLJ avec une acuité impressionnante.

Le contraste entre ces scènes violentes et les plans-séquences métaphysiques en compagnie du général sudiste fantôme. Une grande sérénité émane de ces plans, très osés dans un thriller. Ils ne ralentissent pas l'histoire, ils lui donnent un arrière-plan, une consistance. Ils rappellent le poids du passé dans toute histoire présente. Poids du passé d'autant plus important en Louisiane : l'esclavage, l'ouragan.

La photo. La lumière travaillée par Bruno Keyser, le chef opérateur, rend à merveille la touffeur des bayous et toute la beauté d'une végétation luxuriante. Végétation qui abrite morts, spectres, psychopathes et alligators. Dans une brume électrique.

cliquer ici pour l'interview de Bertrand Tavernier à propos du film


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In the electric mist

Avant-première en présence de Bertrand Tavernier

Le film, thriller nerveux et métaphysique, se termine. Acteurs très bons, Louisiane superbement photographiée, intrigue claire et efficace. Applaudissements. Tavernier pénètre dans la salle encore plongée dans le noir. Seuls les premiers rangs, près de l'entrée, le reconnaissent. Un pas derrière la silhouette hitchcockienne de Claude-Jean Philippe, il regarde l'écran où défile la typo blanche sur fond noir du générique de fin. Dans ce clair-obscur, le grand corps massif du metteur en scène se dandine légèrement, au son de la musique cajun.

Fin du générique, les lumières se rallument. Nouveaux applaudissements. Tavernier et CJ Philippe se saisissent des micros soigneusement branchés avant la séance par le technicien de l'Arlequin, sosie de Philippe Delerm.

Le réalisateur, crinière blanche, petite écharpe vert olive, voix forte aux intonations parfois gouailleuses, répond aux questions du public. Il les écoute tête baissée, remercie et répond au quart de tour, sans hésiter à couper son interlocuteur. On le sent encore habité par son film, par un tournage long, par le désaccord avec le producteur : à l'arrivée, deux films sortent en même temps. La version producteur, aux Etats-Unis, en dvd. La version Tavernier, en France, au cinéma. La différence entre les deux ? Celle de Tavernier est plus proche du livre, plus elliptique, plus mystérieuse.

Il revient aussi sur les difficultés du tournage dans les bayous, avec des kilomètres de câbles à dérouler dans l'eau et la végétation. La joie de côtoyer Tommy Lee Jones et de réécrire sans cesse le scénario avec lui.

interview complète de Tavernier à lire sur Babyloner