My Father, My Lord

Mon père ce héros ?

L'histoire

Jérusalem. Un petit garçon pris entre son éveil au monde et l'éducation religieuse donnée par son père rabbin ultra-orthodoxe.


Les plaisirs du film

La délicatesse. Délicatesse du propos, loin des caricatures : le père n'est pas un monstre sadique, mais aimant, à sa manière et dans le cadre de son engagement religieux. Délicatesse de la photo et de la mise en scène : le film passe peu à peu du jaune, solaire, au gris. La lumière saisit la peau, les matières et les expressions. La caméra restitue le regard que pose le petit garçon sur les choses et les êtres, ses rares tentatives d'échappées. Délicatesse et beauté du jeu des comédiens, dont les visages et les regards expriment l'essentiel, là où les mots (pour l'essentiel ceux des règles de la Torah) paraissent bien artificiellement plaqués.

La force de la simplicité du scénario, du ton très personnel, de certaines scènes très puissantes visuellement (la Mer Morte) et symboliquement (le nid), la chute finale des livres sacrés.

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Funny games U.S.

A qui le tour ?

L'histoire

Deux jeunes gens soumettent une famille modèle à des jeux meurtriers.

Les plaisirs du film

Naomi Watts, formidable dans l'approche de son personnage courageux et volontaire. Le crescendo de ses émotions se distingue par une grande justesse et une certaine étrangeté un peu grave, sans doute héritée de son immersion lynchienne (scène de l'audition dans Mulholland drive). Elle a le chic pour retourner son apparence un peu oie blanche et donner à ses rôles une épaisseur surprenante.

Le jeu des références et des différences (Funny games 1, Natural born killers, Orange mécanique...). Les caractères des tueurs, la gratuité de leurs actes, leurs tenues très étudiées, leur approche ludique de la barbarie, la critique sociétale...

L'excellente mise en scène, qui permet d'oublier le déjà-vu du propos. Si le premier film était en avance, ce remake est en retard. Bien sûr, la violence des jeunes, la violence gratuite, est plus que jamais d'actualité. Mais un film de plus... Avec le bon vieux débat sur le mélange réalité/fiction (sur le bateau, où "le réel" est brutalement évacué, d'un coup de coude, dans le lac). Oui, ok les deux psychopathes se comparent eux-mêmes à des personnages de cartoons (Tom & Jerry, Beavis & Butthead), mais bon... Et le "coup de la télécommande", et les regards caméras... Paradoxalement, ce dernier procédé grossier ne brise pas du tout l'illusion de la fiction, mais la renforce : le spectateur est bien plus complice dans son rôle passif que regardé en face par le méchant Michael Pitt. La subtilité de la réalisation s'en trouve plombée, mais sans nuire à l'efficacité de l'ensemble. A noter la violence physique presque toujours hors-champ.

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Rec

La fête des voisins

L'histoire

Une reporter et son cameraman pris au piège dans un immeuble mis en quarantaine et peuplé de zombies.

Les plaisirs du film

La fraîcheur de l'attaque. L'origine du Mal, le respect de la régle dramaturgique classique des unités de temps, de lieu, d'action, ainsi que l'humour très présent rafraîchissent un peu le thème ultra-vu et revu des zombies cannibales. La progression, du hall d'entrée aux combles de l'immeuble, bien menée, jusqu'au zombie final, pas mal goupillé(e).On sent une énergie et un amusement de la part des réalisateurs, plus brillants à mixer des "déjà-vus" (décors, effets, zombies criards, maquillages, jeux vidéo...) qu'à créer une surprise et à susciter une vraie peur. Le revers de cet enthousiasme : plusieurs invraisemblances qui nuisent au climat d'angoisse, des personnages caricaturaux, des longueurs.

La curiosité. Ce Nième film caméra légère, dans la lignée des Blair Witch, Cloverfield, sera-t-il si différent ? Réponse, non. On retrouve la principale qualité du faux docu : le regard prisonnier du champ de vision de la caméra, d'où les jeux avec le hors-champ, la vision nocturne, etc... Ici, en plus, dans les dernières minutes, la caméra comme moyen de survie.

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Lady Jane

La vengeance dans la peau

L'histoire

Marseille. Pour retrouver son fils enlevé, Muriel fait appel à ses anciens complices.

Les plaisirs du film

Marseille, dans son jus. Là où MR73 clichetonne, ici on retrouve les ambiances de la ville, de la gare aux déserts portuaires.

La tentative de Guédiguian de s'attaquer à un autre genre que le mélosocial. Il tire les ficelles d'un polar sombre et prenant à souhait, tout en conservant une sorte de candeur : certains personnages caricaturaux, un scénario qui se résout avec trop de facilité, des arrière-plans politiques un peu grossiers (tv allumée sur le conflit israélo-palestinien pour dire le cercle infernal de la vengeance sans issue).

La fidélité au parti pris de la noirceur. Personnages sombres aux activités semi-clandestines, nombreuses scènes nocturnes en milieux interlopes, mécanique implacable de la tragédie en marche. Du coup, les acteurs habituels du réalisateur paraissent révéler des facettes totalement neuves de leur jeu, Darroussin en tête, aux allures furtives de bête féroce.

La réussite de certaines scènes, dont celle de la remise de rançon à la gare : un moment très efficace de suspense construit avec légèreté.

La présence du passé, très habilement gérée. Pas de flash-backs faciles, à part celui du parking, assez dispensable finalement. Le passé, tapi en ogre invisible et omniprésent, se trouve dans les silences, dans les sentiments morts que l'on voudrait raviver, dans un terrible secret commun (accablant pour tous les personnages du film, le trio mais aussi leurs proches et le kidnappeur), dans une gloriole de jeunesse (Lady Jane, la chanson des Stones, date de 1966), dans la difficulté -l'impossibilité- de se réinventer un présent. Les trois personnages principaux sont les fantômes d'eux-mêmes.

paroles de Lady Jane
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La Zona

Quartier de haute insécurité

L'histoire


Un jeune homme des quartiers pauvres pourchassé dans un village de riches.

Les plaisirs du film

Le scénario, tout en rebondissements, surprend sans cesse, avec toujours un coup d'avance sur le spectateur : bonne surprise vu le sujet a priori un peu court du film. Il s'agit moins d'un film d'action, d'un thriller, que d'une implacable démonstration. Toutes les pièces du jeu tragique sont posées dès le départ. On assiste à leurs déplacements sur ce terrain clos du quartier bunkerisé, à leurs prises, à leurs retournements.

La mise en scène sèche, dépouillée, souvent inventive, servie par une belle photo et d'excellents acteurs, accélère encore le mouvement. Une mécanique implacable dont tous les engrenages se mettent en branle les uns après les autres.

Le propos. Une réflexion sur l'enfermement et ses conséquences. La consanguinité des mentalités. La sécurité paranoïque. L'extérieur menaçant comme définition de sa propre existence. La violence larvée qui exige son bouc émissaire. Les enfermés volontaires de cette cité se trouvent symboliquement à leur place : dans une prison - même dorée. En fin de compte, cette cité ressemble à une loupe, elle grossit les vices de la société sur laquelle elle est posée, dont la corruption.

Les îlots d'humanité émergeant dans ce paysage de salauds. Les remords du vieux barbu. La rencontre adolescente. Les dernières images, même ambiguës à cause de la voiture, toujours présente et sécurisante.

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