J'ai toujours rêvé d'être un gangster

Les totos flingueurs

L'histoire

Les destins de gangsters losers de tout poil se croisent autour d'une cafétéria.

Les plaisirs du film

Le cran de s'imposer des règles du jeu difficiles : cadre carré, noir&blanc, humour à froid, découpage en sketches. Du coup, le film est forcément une curiosité, attachant comme tel, malgré le "faux rythme" de certains passages. Une volonté d'écrire dans un style personnel.

Anna Mouglalis. Sa démarche de catwalk pour porter un plateau de pressions, épaules en arrière, la tête tirée par un fil vers le ciel. Son jeu frémissant, aux aguets comme une biche dont elle a aussi les yeux. L'humour détaché dont elle fait preuve ici, en apportant toujours un décalage à son vrai-faux personnage de serveuse, par son physique, sa gestuelle, sa voix-allure.

La poésie des situations et la justesse du jeu, notamment dans Pourquoi tu veux mourir, petite ? et C'est fou ce que le monde change, dans lequel on savoure les retrouvailles avec Terzieff, superbe acteur de théâtre habité, et avec Jean Rochefort, dont une scène (l'évocation du plaisir de pisser dehors à l'aube) emporte le morceau.

La famille cinématographique et artistique que Benchetrit crée. On sent l'amour tisser les liens d'une tribu. Amour pour Anna Mouglalis, bien sûr. Mais aussi pour Trintignant, dont on aperçoit le portrait jeune homme. Pour les musiciens et les chansons de la BO. Pour les comédiens du film, et pour les autres, pour les cinéastes (Jarmusch) ou les films (on pense à Buffet froid). Et pour sa fille, au sein sur l'affiche.

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Monika

La parenthèse enchantée

L'histoire

Un jeune couple quitte le fracas de Stockholm pour un été d'amour et d'eau fraîche, avant le retour aux choses sérieuses.

Les plaisirs du film

Le visage d'une stupéfiante mobilité du sex-symbol de l'époque, Harriet Anderson, "génie cinématographique" selon Bergman lui-même, âgé de 35 ans en 1953, quand sort Monika.

Le premier regard caméra de l'histoire du cinéma, tellement dense et intense qu'il en devient indéchiffrable, ce qui interdit de réduire le personnage de Monika à aucun cliché : femme libérée, monstre d'égoïsme ou manipulatrice.

Le travail remarquable sur les sons, du vacarme de la ville, exploré dans toutes ses nuances, au silence de l'île.

La beauté de la parenthèse de l'été, avec une nature primitive magnifique, rehaussée par le noir et blanc. La sauvagerie des personnages tout entier à leur plaisir, leur fantasme du "toi et moi contre le monde entier". Le retour à l'animalité, lors de la scène du rôti.

La troisième partie du film (après la première, la ville oppressante et la deuxième, l'état de nature), scène de vie conjugale. Le fruit de la liberté totale est un enfant, jeté dans cette idylle comme un pavé dans la mare, comme un rappel brutal du principe de réalité.

Le style : les débuts du Bergman disséqueur des couples, mais aussi certaines scènes empruntant au néo-réalisme italien (la famille de la jeune fille) et d'autres annonçant la nouvelle vague.

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MR 73

Les brigades du pire


L'histoire

Marseille. Un flic cassé pourchasse un serial killer malgré sa hiérarchie.

Les plaisirs du film

Daniel Auteuil, brisé et victime comme jamais, seul "élément" juste du film.

Le délire du chef décorateur. Les intérieurs relèvent tous du grand art. Les bureaux de la police prennent des allures de lofts industriels new-yorkais, la soupente d'Auteuil est un boudoir montmartrois, la clinique une demeure lubéronesque, les maisons des flics ou des victimes des villas de 500 m2 avec au minimum piscine à débordement face à la grande bleue. Et comme le formalisme épuisant et grotesque écrase l'histoire et les personnages, le film se regarde un peu comme on feuilleterait Elle déco, avec quelques cadavres dans les coins. Le grand barnum esthétisant bat son plein avec les lumières cramées, avec le stylisme surréaliste : voitures de stars pour la brigade, et la trouvaille, des lunettes aux verres rouges pour Auteuil, celui dont le passé ensanglante le regard à jamais. Epuisant.

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Hôtel Chevalier

Court mais trash

L'histoire

Les retrouvailles sexuelles d'un couple.

Les plaisirs du film

D'abord, que ce petit film existe : ouvrir la séance par un court-métrage est une bonne idée. Une sorte de mise en bouche, d'antichambre au style contemplatif, formel et fourmillant de détails de Wes Anderson. Par rapport à The Darjeeling Limited, sa fonction est un prologue, détaché de la suite par son propre générique de fin. Une bulle jaune pâle un peu triste avant l'éclatant jaune indien.

Le propos désabusé du film, où volontairement tout sonne faux, de la chanson "vieux Paris" aux retrouvailles forcées. Où tout retombe. Le travelling au ralenti annonçant le mouvement du train entraînent les deux personnages en peignoirs sur le balcon, face à une vue bloquée par un immeuble. Echec.

Natalie Portman surprend, stylée par Anderson, en trench et cure-dent, puis joliment nue. Elle rappelle un peu, par ses cheveux courts et par la situation (
l'atmosphère "so Paris", l'amour en chambre, le partenaire fugitif), la Jean Seberg d'A bout de souffle.

Long-métrage The Darjeeling Limited

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The Darjeeling Limited

Cosmic trip

L'histoire

Les retrouvailles spirituelles de trois frères en Inde.

Les plaisirs du film

Le style. La patte de Wes Anderson, avec ses personnages plutôt grands enfants, au squelette affectif apparent, sans véritable peau d'adulte. Ses histoires de familles éclatées en caractères uniques et indissociables, artificiellement réunis à l'occasion d'une quête, comme dans The Royal Tenenbaum ou Aquatic Life. Ses trouvailles (le train égaré). Sa façon de filmer, ici en imitant le train, par l'utilisation de travellings latéraux ou avants, articulés par des rotations sur axes très étudiées. Un cadre d'une superbe précision. Son élégance absurde, sorte de dandysme subtilement loufoque. La nouveauté essentielle de Darjeeling réside dans une espèce de lâcher-prise. Le film semble moins rigoureusement construit que les précédents. Et le scénario montre que l'inattendu, l'accident, révèle beaucoup plus que le programmé.

Le stylisme est un régal. Les malles monogrammées aux initiales Whitman, symboles du fardeau de l'héritage familial, les intérieurs du train, les tenues des trois frères, toujours savamment insolites, dépareillées ou détournées.

La stylisation. Bien sûr, il s'agit d'une Inde revue et corrigée, plus proche des chromos 1950 et d'un bollywood chatoyant que des réalités sociales et quotidiennes. Anderson transporte le continent dans son propre théâtre. Et pourtant, au travers des couleurs solaires, des rites soigneusement décrits, des personnages, passe une Inde grave et belle.

Le détachement mi-amusé, mi-triste éprouvé devant les angoisses enfantines, les gesticulations vaines, les rites puérils et les relations touchantes de ces trois frères. Le plaisir de retrouver Bill Murray, Angelica Huston et Kumar Pallana, caché dans le train. L'agréable paresse à se laisser transporter dans ce train, sans vouloir forcément y voir une métaphore de la vie, sans décrypter à tout prix les névroses occidentales révélées sur le fond antithétique indien, sans aller chercher les schémas œdipiens. Tout cela fait bien sûr partie du trip, mais la fantaisie permanente du Darjeeling Limited nous dit que l'essentiel est ailleurs et difficile à atteindre sans légèreté.

Court-métrage prologue Hôtel Chevalier

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Il y a longtemps que je t'aime

Les autres

L'histoire

Juliette sort de prison après avoir purgé 15 ans pour le meurtre de son enfant. Sa sœur Léa l'accueille chez elle.

Les plaisirs du film

L'interprétation magistrale de Kristin Scott Thomas. Durant tout le film émane d'elle une puissance discrète. Au début, fermée, dure, elle joue avec une subtilité remarquable l'agacement, la souffrance de retrouver la vie. Peu à peu, elle éclaire son personnage de l'intérieur, par touches discrètes, par avancées fragiles. Grâce à la comédienne, ce cheminement domine tout le film, au point que le scénario passe au second plan. Ce personnage fascine.

La manière de filmer le banal. Cafés, intérieurs de maisons, bureaux : la normalité apparaît dans tout son beige, son flou, son gris. Rien n'émerge, ne dépasse. Alors évidemment, sur ce fond médiocre, le secret de Juliette paraît d'autant plus monstrueux.

Le thème de la mort et de l'enfant, distillé par indices : le couteau brandi par Léa pour couper l'ananas, le terme de "tueuse" appliqué à la carrière professionnelle, le titre d'un livre Orphelin, l'ange du musée...

L'hommage rendu à la lecture, pratiquée par tous les personnages à un moment ou un autre du film, par le grand-père, véritable Victor Hugo du Post-it, par le père lexicographe footeux, par les enfants. Et plus généralement les citations visuelles ou sonores d'œuvres et d'artistes (affiche de Lubitsch, Kurosawa et Rohmer dans les conversations...).

La maladresse assez attendrissante de certaines scènes, comme la séquence Nescafé du week-end feu de bois, de la musique lourdement illustrative de Jean-Louis Aubert, le stylisme un peu trop "vraisemblable" pour être juste...

Le propos assez fin sur la frontière entre soi et les autres. Les premiers moments du film insistent sur la distance entre Juliette et ceux qu'elles croisent, tous insupportables, de l'assistante sociale odieuse de banalité à sa petite nièce et ses babillages... Cette frontière sépare Juliette de ceux qui n'ont pas tué. De ceux qui n'ont pas fait de prison. Mais elle sépare aussi ceux qui savent qu'elle a tué de ceux qui ne savent pas. Pour ramener Juliette, il faut passer de l'autre côté de la frontière.

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L'heure d'été

Nous n'avons pas les mêmes valeurs

L'histoire

Une fratrie hérite de la maison de famille et de la collection privée du grand-oncle artiste peintre. Qu'en faire ?

Les plaisirs du film

La question de la valeur : quelle valeur accorder à une œuvre, une maison, un objet ? Quelle valeur doit primer ? Financière ou sentimentale ?

La fluidité de la réalisation, qui joue finement sur le temps, notamment grâce aux ellipses. L'histoire avance ainsi en s'attachant aux moments importants, sans passer par toutes les étapes de la narration (mort de la mère par exemple). Assayas peut ainsi s'attacher à ces moments pour leur tourner autour et en capter tous les détails révélateurs, ceux qui en font la justesse (la distance de la mère pendant le déjeuner, vis-à-vis des cadeaux, de ses enfants...). La photo, limpide, est superbe.

La réflexion sur la transmission. Du double héritage (la maison de famille et la collection privée du grand-oncle) très encombrant, que reste-t-il à la fin du film ? Sur l'écran se croisent plusieurs générations, avec leurs vies, leurs codes, leurs aspirations. Mais quels fils les relient ? Qu'ont-elles à se dire et à se transmettre ? Frédéric, le personnage joué par Berling se trouve au carrefour de toutes les aspirations contradictoires. Sa mère lui confie l'héritage familial. Lui veut le conserver. Sa sœur et son frère veulent le réinvestir. Son fils s'en fiche ("une autre époque" - pas la sienne). Frédéric, écartelé entre deux époques, trouve assez difficilement sa place : que transmettre à ses enfants adolescents ? A sa fille qui reste muette, à son fils qui le chapitre sur les joints ?

Le portrait de famille. Les personnages, joué avec un plaisir communicatif par des interprètes parfois dans des contre-emplois réjouissants, comme Rénier en yuppie, Binoche en designer hype et paumée... Les moments "de famille", comme les retrouvailles vibrionnantes d'enfants qui courent partout, les gigots au four, les départs qui laissent vide une maison, le cognac vautré dans un fauteuil club, les sous-entendus, les affinités, les préférences, les objets fétiches...

La fin dans la fin : la jeune fille ressuscite la maison le temps d'une fête et s'échappe, comme libérée des héritages.

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Be kind rewind

Versions originales

L'histoire

Deux amis remplacent les VHS démagnétisées d'un vidéo-club par des versions tournées par leurs soins.

Les plaisirs du film

Jack Black en roue libre. On avait remarqué sa folie dans le rôle un peu convenu du réal du King Kong de Jackon. Là, il explose. En paranoïde adepte des théories du complot, puis en movie-star du quartier, il occupe frénétiquement l'écran.

La drôlerie des reconstitutions de blockbusters avec du matériel de cadeaux de fête des mères. Mais pour les apprécier pleinement, il faudrait quasiment revoir les originaux (Ghostbusters, Miss Daisy, Robocop, Rush Hour...). Un comble.

L'hommage rendu à l'amateurisme. Be kind rewind porte bien son titre. Il invite à rembobiner, à revenir en arrière, à se souvenir du cinéma des origines. Du cinéma originel. D'une approche à la Méliès, de bric et de broc, visant à susciter rires, larmes et surprises, en inventant la "technique", les "effets spéciaux" en temps réel, avec ce qu'on a sous la main. Alors bon, le film verse un peu dans la nostalgie, à coup de VHS, de vieille boutique menacée par les promoteurs, de succès des années 80. C'est pourtant plus les camescopes HD que les super8 qui permettent aujourd'hui à qui veut de réaliser un long-métrage dans sa salle de bains.

L'imagination au pouvoir, sous toutes ses formes. Mythomanie, mensonges, remakes, créativité, trouvailles (la tenue de camouflage)...

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Bienvenue chez les ch'tis

Le nord pour les nuls

L'histoire

Un fonctionnaire du sud est muté dans le nord.

Le plaisir du film

Le plaisir du cornet de frites.

D'abord, on y va avec un plaisir un peu coupable.

Ensuite, au début, pendant la première 1/2h, tout correspond à notre attente. Bon rythme, pas de scénario, mais le plaisir de retrouver la comédie à la papa. On s'attend à voir débarquer Paul Préboist, Bernard Menez, ou Jacqueline Maillan... Galabru est là, très drôle en Parrain. On entend déjà les "Salut biloute beuâââââ..." dans les cours de récré comme le "okayyy" des Visiteurs. On revoit Zoé Félix, on découvre Anne Marivin. L'amour de l'auteur pour sa province, ok. Mais on tourne trop autour des clichés pour leur échapper.

Et puis... Tout le monde surjoue, la bande-son balance les cigales, les violons. C'est lourd. On regrette. On part avant la fin, qu'on pressent très indigeste.

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Pour Alexandra > désolé, je ne peux pas changer la date, mais je te jure que j'ai vu le film 1 bonne semaine avant.

There will be blood

La créature de l'or noir


L'histoire

L'ascension d'un chercheur de pétrole névropathe.

Les plaisirs du film

Le climat toujours "borderline". Les premières images du film, muettes, fonctionnent comme un prologue où la folie s'installe : la musique d'ouverture (guitare de Jonny Greenwood, Radiohead) évoque celle de Shining et le personnage de DDL, Plainview, rappelle parfois le père possédé incarné par Nicholson, entre bonhomie sarcastique et sauvagerie pure.

L'interprétation exceptionnelle de DDL, en carcasse habitée par la folie du pétrole, toujours au bord de l'explosion, capable de faire jaillir pétrole, sang, mots assassins. Les ambiguïtés du personnage, aussi noir, poisseux et dangereux que le pétrole, son pouvoir de séduction et de manipulation, son cynisme, sa misanthropie. Un magnifique héros du "côté sombre". Les autres rôles subtilement travaillés : le demi-frère, ersatz physique de Plainview, l'évangéliste pop-star délirante, le fils victime.

L'implacable tragique : le pétrole souille et corrompt tous ceux qui l'approche et s'en servent. Le marché "pétrole contre nourritures spirituelles" passé entre l'entrepreneur et l'évangéliste tourne vite au "pétrole contre pourritures", tant il est vrai que la marée noire ne laisse personne indemne. Le film avance aussi sûrement qu'un gisement chemine sous terre en attendant de jaillir : là, tout peut arriver. Incendies, explosions, mort.

La mécanique parfaitement huilée de l'ensemble procure un plaisir d'autant plus grand qu'il s'agit d'un film spectaculaire. Pas de clichés. Pas de reconstitution historique lourdingue. L'action couvre des décennies sans une baisse de rythme. La caméra sublime l'immensité de la nature et la noirceur humaine. La direction d'acteur explore les limites des personnages. Subtil et puissant. Comme la folie.

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